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Mis à jour : mardi 23 juillet 2019 15:04
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Écrit par Quentin SIDA

Parmi les albums de la scène indé 80/90's, on trouve parfois, au milieu de morceaux à priori écrits et structurés suivant l'air de rien cette convention tacite et très occidentale du couplet-refrain, des avortons moins définissables. Notre incapacité à se satisfaire simplement de cette chose merveilleuse qu'est le bruit est assez mystérieuse. J'ai toujours été fasciné par les quelques morceaux perdus sur un disque, côtoyant de «vraies chansons», où les notions de mélodie et de structure sont abandonnées au profit d'un mode d'expression sonore brut, quitte à ne plus parler de musique. Je n'évoque évidemment pas les groupes appartenant à des scènes purement expérimentales ou improvisées, qui par définition se défont de toute structure «pop», mais bien des quelques divagations de groupes a priori accessibles.
Deux exemples – peut-être pas les meilleurs :
Sonic Youth - In the Kingdom 19
June Of 44 - Pale Horse Sailor
The Dead C me donne véritablement l'impression d'un groupe de pop (ouais bon, je sais...), qui dès ses débuts se serait mis à se laisser aller à des improvisations bruitistes plus souvent que la normale, bien plus souvent, quasiment tout le temps en fait. De la musique faite avant tout pour ceux qui la jouent, sans aucun compromis, que ce soit dans les compositions ou dans l'agencement étrange des morceaux au sein d'un album, sans aucune nécessité de satisfaire un quelconque auditeur type, une démarche louable en somme.
Eusa Kills (Flying Nun, 1989) commence par Scarey Nest, qu'on jurerait tiré des premiers Dinosaur Jr, impression immédiate dans le cerveau, et tu te retrouves à la siffler l'après-midi même. La magie du truc c'est que ça n'arrive qu'une seule fois dans ce disque, tu ne sais pas pourquoi ils l'ont foutu là, en ouverture, tout ce qui suit est décharné à l'extrême, parfois même le rythme qui est le seul truc à quoi pouvoir se raccrocher n'est même plus un rythme mais seulement des coups aléatoires sur des fûts. Leur musique est faite pour être jouée de manière décousue, aucun doute sur le fait que ces types sont mille fois capables de sortir des tubes à la chaîne, ça ne doit seulement pas les intéresser. La démarche est autre, et le plaisir que l'on en tire est complètement différent : jouir d'un buzz de guitare qui résonne, de marmonnages approximatifs, écouter se former des sons produits par des instruments amplifiés à haut volume, des parasites, des paradoxes. Tout ce que tout bon ingénieur du son se tue à éliminer constitue tout ce qu'il y a à écouter dans ces disques.
Je n'ai même pas encore écouté la totalité de leur discographie - et pour cause, c'est conséquent -, mais c'était nécessaire que je parle d'eux, pire qu'une envie de pisser.
Voici quelques morceaux :
The Dead C - Children
The Dead C - Alien to Be
The Dead C - Scarey Nest
The Dead C - Baseheart
The Deac C - Max Harris
Plusieurs albums ont été réédités sur Ba Da Bing.
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Mis à jour : mardi 8 mars 2011 21:19
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Écrit par yum yum

Bereket Mengisteab, l'homme aux 250 chansons, le berger au krar* sautillant, est né en Érythrée à la fin des années 1930, quand celle-ci était encore une province éthiopienne colonisée par l'Italie fasciste.
Conscient qu'il ne voulait pas passer sa vie à traire des brebis shootées au qat**, Bekeret descendit à la capitale Addis Abeba et intégra le prestigieux Haile Selassie Theater Orchestra (même qu'ils ont joué aux JO de Mexico en 1966). Puis un jour, son horoscope lui prédit du gros rififi politique, alors il abandonna tout et rentra au bercail pour s'engager au Front de Libération de l’Érythrée. La même année, en 1974, Haile Selassie fut étouffé sous un oreiller ou un truc comme ça par les hommes du lieutenant colonel Mengistu, au grand dam des rastamen de tous pays.
Après 5 ans de guerilla, Bekaret s'exila en Arabie Saoudite. Il commença à enregistrer des cassettes et à jouer pour les bédouins. Ses couplets exaltent la libération de sa terre natale, ou sont de traditionnelles complaintes amoureuses à la simplicité universelle ("reviens oh ma chériiiie, tu me maaanques je souffre").
N'importe quel amateur des Ethiopiques, d'Omar Souleyman, ou même de la psych-pop-tropicale qui se répand depuis quelques années désirera le faire chanter à son mariage.
Pour le trouver, il faut se rendre à Asmara, capitale de l’Érythrée indépendante où il continue de composer des chansons, tout en s'occupant de sa coupe afro vieillissante et de son magasin de musique sur Babylon Square.
*un genre de lyre à cinq cordes
** arbuste dont on mâche longuement les feuilles pour leur effet euphorisant, un peu comme la coca